Volume 23, numéro 1 (2002)
Prix Kari Polanyi-Levitt 2001
Social Capital for Development: What Does it Mean if There Isn’t Any? A Case Study of Agricultural Producers in Dmitrov Rayon, Russia
Au cours des années 1990, la notion de « capital social » fut très à la mode dans le domaine du développement. Les nombreuses études qui abordent cette question mettent en lumière le rôle important du capital social dans les sociétés civiques et démocratiques (…). Elles font aussi ressortir sa disparition dans le contexte de la société nord-américaine et son absence dans les projets de développement international. Dans cet article, l’auteur approfondit l’analyse et s’interroge sur les effets de cette absence de prise en considération du capital social. Elle démontre, à l’aide d’une étude de cas qui porte sur les producteurs agricoles de Dmitrov Rayon, en Russie, l’absence de toute forme de capital social : il n’existe ni organisations communautaires de soutien, ni tentative de coopération formelle ou informelle. Cependant, une étude sur le terrain, plus poussée, démontre la présence de quelques activités communautaires dans les zones urbaines et de quelques structures d’entraide dans les entreprises rurales. Il n’en demeure pas moins que l’absence de véritables formes de capital social, au sein de la population étudiée, remet en question l’universalité et la portée des études théoriques récentes. L’auteur soulève des questions quant au rôle d’une société dirigiste dans la formation de capital social et aux implications de l’absence de capital social en matière de développement et de démocratie.
Articles
Economic Sanctions: The Institutional Factor
Cet article soulève une question peu étudiée dans la littérature, à savoir le rôle des institutions des pays en développement dans la gestion de l’impact des sanctions économiques sur les populations. En se basant sur des études récentes qui traitent du rôle des institutions dans la gestion des chocs économiques externes, le présent article défend l’idée selon laquelle l’efficacité institutionnelle est l’un des facteurs principaux permettant de minimiser la détérioration du bien-être social liée à la mise en oeuvre des sanctions. Étant donné que la communauté internationale cherche à promouvoir le développement humain et à réduire la pauvreté, les pays et organisations qui imposent les sanctions devraient s’interroger sur la validité de la démarche, si les populations qu’ils cherchent à protéger ne peuvent compter sur des institutions efficaces pour atténuer les effets de ces sanctions.
The Allocation of Canada’s Bilateral Foreign Aid
Cet article examine les facteurs qui ont déterminé l’attribution de l’aide bilatérale canadienne entre 1990 et 1998. Les résultats contestent l’argument que l’aide bilatérale est dictée par des variables telles que la réduction de la pauvreté, la disparité entre les sexes, le développement des ressources humaines et l’allégement de la dette. Ce qui semble avoir plus d’importance, par contre, sont les facteurs politiques et stratégiques, comme l’appartenance au Commonwealth ou la proximité géographique au Canada. Cependant, ces conclusions demeurent provisoires puisque les données existantes sont très limitées. De plus, l’influence des facteurs économiques internes sur le processus d’attribution, n’est pas explorée.
Exchange Rate Changes and Trade Balance Adjustments in Malawi
Cet article porte sur une analyse du comportement de la balance commerciale face aux fluctuations des taux de change au Malawi. En s’appuyant sur une série de données temporelles couvrant la période de 1968 à 1998, on procède à l’estimation d’un modèle de balance commerciale comprenant la demande des importations et des exportations pour le Malawi. Les résultats prévoient que la dévaluation nuira davantage à la balance commerciale à court terme et ne l’améliorera que légèrement à long terme. Cela suggère que pour parvenir à un ajustement substantiel de la balance commerciale, il faudrait peut-être combiner la gestion de la demande globale à la politique des taux de change.
Can the Grameen Bank Be Replicated in Africa? Evidence from Malawi
La réussite des programmes de microcrédit en Asie a généré beaucoup d'enthousiasme chez les praticiens du développement économique, encouragés par la possibilité d’éliminer la pauvreté rurale. Cependant, l’avis des experts est extrêmement divisé sur l’efficacité de cet instrument en Afrique. S’appuyant sur l’expérience de la Fondation pour l’Assistance communautaire internationale–Malawi (FINCA-Malawi), cette étude empirique étudie la viabilité des banques de type Grameen en Afrique. Bien que ces programmes étaient financièrement viables et que ceux qui recevaient de tels prêts ont été capables de réaliser des économies importantes et d’obtenir des fonds de roulement, la consommation des ménages ne s’est pas améliorée. L’aversion des bénéficiaires pour le risque par rapport aux investissements et aux taux de roulement élevés, semblent expliquer le faible impact du programme sur l’économie des ménages.
East Asia, Land Reform and Economic Development
Afin d’expliquer le succès économique de l’Asie de l’Est (Japon, Corée du Sud et Taiwan), on fait souvent référence au fait que ces trois pays ont réalisé de réformes agraires radicales et que ces réformes ont considérablement contribué à la croissance rapide de la région, en éliminant la classe de propriétaires fonciers et en assurant des conditions propices à une distribution équitable des bénéfices de la croissance. Cependant, ces réformes sont aussi considérées comme des phénomènes exogènes, en ce sens que ce qui les aurait rendues possibles était une situation chaotique, situation dans laquelle une force externe, à savoir les États-Unis, a pu jouer un rôle clé. Le présent article soutient que, en fait, les réformes agraires dans les trois pays résultent sur une longue période d’un même déploiement de forces historiques et d’un contexte économique similaire. En conséquence, ces réformes agraires devraient être considérées comme des phénomènes endogènes déterminés par des facteurs internes.
Taming a Leviathan: Geopolitics, State Power and the Making of a Development Regime in Taiwan
Le débat actuel sur le développement économique de Taiwan est dominé par un point de vue étatiste qui attribue cette croissance miraculeuse au pouvoir de l’État. Cet article remet en question cette notion étatiste. L’examen de l’évolution de cette nation à partir d’un gouvernement abusif des années 1950 et 1960, indique que l’imposition des sanctions sur le pouvoir étatiste despotique a été un mécanisme instrumental dans la mise en place d’une structure équilibrée de pouvoirs, entre ceux de l’État et ceux des capitaux, qui encourage le secteur privé à se développer et à bénéficier des politiques d’incitation. L’apprivoisement d’un État léviathan et la transition d’une économie de guerre à un régime de développement résultent d’une forte intervention géopolitique américaine.
Reviews
Rethinking Globalization: Critical Issues and Policy Choices, Martin Khor
Debating Development: NGOs and the Future, sous la dir. de Deborah Eade et Ernst Ligteringen
Breaking Ground: Development Aid for Land Reform, Martin Adams
The No-Nonsense Guide to Fair Trade, David Ransom
Closing the Circle: Democratization and Development in Africa, Richard Sandbrook
The Mongolian Economy: A Manual of Applied Economics for a Country in Transition, sous la dir. de Frederick Nixson, Bat Suvd, Puntsagdash Luvsandorj et Bernard Walters
The Limits of Capitalism: An Approach to Globalization Without Neoliberalism, Wim Dierckxsens
Evaluating International Humanitarian Action, sous la dir. de Adrian Wood, Raymond Apthorpe et John Borton