Volume 24, numéro 1 (2003)

Numéro thématique : Canadian Universities and International Development

Canadian Universities and International Development: Learning from Experience — Introduction

Leonora Angeles, University of British Columbia, rédactrice invitée
Peter Boothroyd, University of British Columbia, rédacteur invité

Cette introduction situe le numéro spécial sur les universités canadiennes et le développement dans le discours actuel sur l’« internationalisation ». Nous soutenons l’idée que la tendance à l’internationalisation des universités n’est pas nécessairement liée à la question du développement international, à moins que les universités elles-mêmes ne fassent preuve d’un engagement clair à l’égard du développement et de ses corollaires  allégement de la pauvreté, justice sociale, citoyenneté globale ; buts qui sont au cœur même des tâches d’enseignement, de recherche et d’assistance des universités. Nos projets au Brésil et au Vietnam servent de toile de fond pour discuter des points saillants des articles de ce numéro spécial. Nous concluons que les universités pourraient, tout à la fois, augmenter leur contribution au développement et se solidifier en tant que lieux d’apprentissage. Elles pourraient créer des partenariats plus viables avec les institutions du pays en développement, envisager les projets dans un esprit d’apprentissage mutuel des problèmes sociaux complexes, plutôt que comme simple exercice de transfert des savoirs. Les universités pourraient aussi développer davantage leurs liens avec les organismes de financement, mieux intégrer le travail de développement et d’enseignement à la recherche et, finalement, utiliser leurs ressources pour s’étudier elles-mêmes.

Linking Lessons: Disentangling the Subtexts

Marilyn Porter, Memorial University of Newfoundland

L’article tente d’identifier les problèmes et les contradictions que soulève la notion de « connexions » lorsque les universités canadiennes avancent ce concept à leurs « partenaires » du Sud (et du Nord). Suivant une analyse du cadre idéologique de tels projets, à partir des documents officiels d’une université, de l’ACDI et de l’AUCC, l’auteure utilise des exemples (négatifs et positifs) des trois étapes d’un projet  la conception, la mise en œuvre et l’évaluation. Elle propose des moyens de fortifier les pratiques actuelles et de leur donner davantage de cohérence conceptuelle.

How University Projects Produce Development Results: Lessons from Twenty Years of Canada-China Co-operation in Higher Education

Edward T. Jackson, Carleton University

Bien que les organismes d’aide demeurent sceptiques devant les projets universitaires, une étude portant sur 20 ans de coopération en enseignement supérieur entre le Canada et la Chine a démontré que ces interventions, lorsqu’elles réussissent, peuvent avoir des résultats durables et une portée considérable. L’étude met en évidence l’avantage du savoir inhérent à la coopération universitaire, notamment par l’effet multiplicateur qu’entraîne l’association de l’enseignement et de la recherche, ainsi que par la dimension multigénérationnelle des participants du projet. L’ACDI et les universités canadiennes auraient tout intérêt à établir des relations stratégiques plutôt que transactionnelles comme elles le font actuellement. Les défis futurs consisteront à renouveler le corps professoral, à attirer de nouveaux étudiants, à consolider les centres d’expertise et à mettre sur pied des réseaux de savoir.

Working and Worrying Partnership: A Case Study of a Long-Term Academic Development Project in China

Dwight Boyd, University of Toronto
Julia Pan, University of Toronto

Cet article porte sur une étude de cas pour un projet de développement universitaire à long terme en Chine. L’historique et les assises du projet dans son ensemble sont d’abord décrits. Suit une description détaillée du contexte particulier et des buts du travail dans trois champs d’intérêt plus précis : l’étude des rapports sociaux des sexes, l’éducation morale, l’éducation des minorités et l’éducation bilingue. Certains des résultats les plus notables, ainsi que leur impact, sont identifiés pour chacun de ces champs d’intérêt. Enfin, une attention toute particulière est apportée à l’évaluation des défis spéciaux auxquels on a dû faire face, de la manière dont ils ont été appréhendés et des inquiétudes relatives aux obstacles structurels pouvant empêcher un véritable partenariat de collaboration.

Human and Institutional Capacity Enhancement for Environmental Management in Indonesia: The Experience of the University Consortium on the Environment, 1987–2002

Tim Babcock
Bill Found, York University
Bruce Mitchell, University of Waterloo
Susan Wismer, University of Waterloo

Le Consortium universitaire de l’environnement est le fruit d’une collaboration entre l’Université de Waterloo, l’Université York et sept universités indonésiennes de Java et de Sulawesi. Ces universités ont joint leurs efforts pour améliorer la capacité des Centres d’études environnementales universitaires indonésiens de promouvoir une meilleure gestion environnementale. Le projet était axé sur l’éducation des étudiants des cycles supérieurs (indonésiens et canadiens), des recherches conjointes entre facultés, des ateliers et la préparation de publications universitaires et de manuels de formation pratiques. Ce projet complexe et de grande envergure a livré de nombreuses leçons. Les principaux facteurs ayant contribué à son succès sont les différentes formes de participation, de leadership et de gestion, les relations institutionnelles et la structure des organisations, la communication et les thèmes transversaux en recherche, en formation et en gestion environnementale. Cette expérience démontre les valeurs spécifiques et les défis associés à la mise en œuvre de ce type de projet dans des universités canadiennes.

Issues of Participation in a University–Non-Governmental Organization, North-South Partnership: Internationalizing a Community Economic Development Program

John Brohman, Simon Fraser University
Irene Gannitsos, candidate au doctorat, Simon Fraser University
Mark Roseland, Simon Fraser University

La collaboration grandissante entre universités et organismes externes dans le travail de développement international s’accompagne d’un certain nombre de questions et de défis, en particulier dans le domaine critique de la participation et du partenariat. Quelques-uns de ces défis sont communs aux initiatives de développement Nord-Sud en général (par exemple  difficultés logistiques, différences culturelles, relations de pouvoir inégalitaires), alors que d’autres proviennent des valeurs, des structures et des règles particulières des universités et de leurs partenaires (par exemple : système d’avancement de la carrière, évaluation des subventions, fragmentation des disciplines, règlements fixés par le gouvernement). Ces problèmes sont soulevés dans le contexte d’un projet ACDI/PUCD de création d’un programme de développement économique communautaire au Mexique, qui engage un partenariat entre une université publique canadienne (SFU), une université privée mexicaine (ITESM), et une ONG mexicaine (CEDAC) et qui vise le développement communautaire et la réduction de la pauvreté. L’analyse et les recommandations de politiques se concentrent sur les points suivants : le besoin pour les bailleurs de fonds (du gouvernement) d’encourager une approche plus participative du développement par une prise de position plus flexible et moins stéréotypée en ce qui concerne l’utilisation et le contrôle des ressources financières entre les partenaires canadiens et étrangers ; et la nécessité pour les universités d’assortir leur discours sur l’internationalisation de mesures concrètes qui enlèveraient les entraves et augmenteraient les mesures incitatives pour favoriser la participation des programmes universitaires et des professeurs à des initiatives de développement pratiques.

Learning the Culture of Partnership: A Case Study in Collaboration Between a Canadian University and its Costa Rican Partner

Janet Maher, Centre for Research in Women’s Health
Suzanne Sicchia, candidate à la MSc, University of Toronto
avec Laura Guzmán Stein, Universidad de Costa Rica

Cet article rend compte des résultats d’une collaboration internationale en cours entre le University of Toronto Centre for Research in Women’s Health (CRWH), un centre collaborateur de l’Organisation panaméricaine de la santé et de l’Organisation mondiale de la santé, et le Centro de Investigación en Estudios de la Mujer (CIEM) de l’Université de Costa Rica. Une analyse de la correspondance, des procès-verbaux, des contrats et d’autres documents s’échelonnant sur une période de trois ans a été effectuée. Cette analyse avait pout but d’explorer les dynamiques des partenariats et d’élaborer une connaissance critique de l’impact des variables externes et de la culture sur les collaborations internationales. En conclusion, l’article présente une série de recommandations quant aux politiques des universités du Nord, de leurs partenaires du Sud et des bailleurs de fonds.

Flexible Networking in Research Capacity Building at the National University of Laos: Lessons for North-South Collaboration

Peter Vandergeest, York University
Khamla Phanvilay, National University of Laos
Yayoi Fujita, National University of Laos
Jefferson Fox
Philip Hirsch, University of Sydney
Penny Van Esterik, York University
Chusak Withayapak, Chiang Mai University
Stephen Tyler, Centre de recherches pour le développement international

Cet article décrit un projet de formation pour améliorer la capacité de recherche en sciences sociales à l’Université nationale du Laos (UNDL). Le projet était subventionné par le CRDI. Il a été structuré, au niveau international, sous la forme d’un réseau flexible de personnes-ressources de six pays. Les résultats les plus probants du projet furent tout à fait inattendus. En effet, pour l’UNDL, il fit la lumière sur l’autoévaluation, en cours, de sa capacité administrative à gérer la recherche universitaire. La flexibilité de l’approche en réseau, jumelée à une structure qui orientait le réseau international vers l’engagement et la réponse aux besoins exprimés par le personnel même de l’UNDL, se sont avérées cruciales dans l’aptitude du projet à répondre adéquatement aux besoins institutionnels dynamiques de l’université. L’importance de prêter une attention toute particulière à la structure des projets, afin qu’ils puissent vraiment répondre aux besoins des partenaires du Sud, a été mise en lumière par les pressions croissantes pour inciter les universités canadiennes à trouver des fonds, laissant à l’arrière-plan la promotion de l’excellence dans la recherche et la formation.

Evaluation of Capacity and Policy Development for Environmental Sustainability: A Case from Himachal Pradesh, India

James S. Gardner, University of Manitoba
A. John Sinclair, University of Manitoba

Le district de Kullu dans l’Himachal Pradesh, en Inde, est une région montagneuse de l’Himalaya. Son développement rapide en matière de tourisme, d’agriculture et d’aménagements hydroélectriques a eu un impact important sur la société, l’économie et l’environnement du district. Cet article décrit un projet entrepris dans la région depuis 1994 par les universités du Manitoba et de Delhi. Ce projet consiste en une recherche conjointe et une action de promotion de la durabilité environnementale. À la collaboration entre ces deux universités s’ajoute celle d’agences gouvernementales, d’organismes non gouvernementaux, de syndicats, d’institutions éducatives et de résidents locaux. Les résultats de cette activité sur le terrain ont mené à une évaluation de la planification et du développement en collaboration. Les objectifs en matière de développement des compétences au sein des universités et de la recherche-action ont été atteints. Par contre, le contexte institutionnel et le manque de temps et de ressources ont freiné l’effort de formulation de politiques en faveur de la durabilité environnementale.

Academics as Citizens: Collaborative Applied Interdisciplinary Research in the Service of Communities

Karim-Aly S. Kassam, University of Calgary
Wisdom J. Tettey, University of Calgary

À partir de l’analyse de deux collectivités locales (l’une provenant de la forêt boréale canadienne et l’autre de la zone arctique de l’Alaska), cet article démontre qu’un partenariat entre celles-ci et l’université est nécessaire pour le développement communautaire et la recherche interdisciplinaire appliquée. L’article aborde les travaux sur le développement de ces régions en insistant particulièrement sur l’écologie humaine, les répercussions des polluants chimiques et l’autonomisation des femmes. En partant des concepts fondamentaux sur le savoir local et la participation collective, l’article relève les résultats novateurs des projets exécutés en collaboration et débouche sur d’utiles conclusions pour les universités. Ces dernières devraient devenir des « citoyens institutionnels » responsables qui prennent part aux initiatives de développement, créent les conditions propices à une collaboration efficace avec les collectivités et assurent l’intégration de la recherche et de l’enseignement afin de mettre en valeur l’intérêt communautaire comme objectif essentiel. L’article propose également une redéfinition des critères de reconnaissance et de légitimation des publications qui ne correspondraient pas nécessairement aux critères universitaires, mais qui seraient utiles aux décideurs et aux collectivités. Enfin, il suggère un soutien à la coproduction du savoir avec les collectivités locales et une reconnaissance conséquente de leurs droits sur un tel savoir.