Volume 25, numéro 1 (2004)
Numéro thématique : International Development Studies in Canada
Introduction
« There [have] been a number of previous studies on IDS in Canadian universities such as those of Polanyi-Levitt and Trak (1984), and Einsiedel and Parmar (1995). The importance of development for Canadians [has] also been given prominence in the report of a task force, chaired by Maurice Strong, Connecting with the World: Priorities for Canadian Internationalism in the 21st Century presented in 1996. However, we felt that a new study was warranted not only to update the information on IDS in Canadian universities but also to come to terms with the intellectual ferment that surrounds IDS. Whether from the fascination with globalization or from the postmodern critiques of the idea of development, IDS seemed a field of study under attack and lacking theoretical anchors. It was ironic that, just as more and more IDS programs were being established in Canadian universities, the intellectual underpinnings of IDS seemed to be increasingly problematic. A new study was needed to chart and analyze these trends …
« At CASID’s annual conference in June 2002, the idea of [a white paper on IDS in Canada] was discussed with a wide body of academics, non-government organizations, and government representatives. On the basis of this discussion, critical issues were identified which needed to be addressed. These issues became the subject of commissioned papers. Drafts of these papers were presented at CASID’s annual conference in 2003, were received with considerable interest, and were the subject of lively debate. These papers provided the background material for the White Paper. In revised form, they provide the contents of this special issue … »
What is Distinctive about International Development Studies?
Les études du développement international (ÉDI) portent sur les pays en développement, mais examinent des questions d’application générale ayant un intérêt pour toutes les régions du monde ; elles adoptent une démarche interdisciplinaire ; elles s’intéressent aux questions internationales, nationales et infranationales, mais traitent aussi bien de la théorie et des politiques que de la recherche empirique. Même si les programmes d’ÉDI sont clairement axés sur une approche interdisciplinaire, ils le font de différentes manières. Par conséquent, ils sont très éclectiques et variés. Il faut maintenant renforcer le financement de base des programmes d’ÉDI et constituer un bassin de personnel composé de professeurs et de chercheurs vraiment interdisciplinaires. L’étude du développement international est importante non seulement pour des raisons pragmatiques et humanitaires, mais aussi pour des motifs personnels, à savoir le désir de connaissance. Elle nous aide en effet à nous comprendre et à relever nos défis autant qu’elle aide les gens des pays en développement à se comprendre et à régler leurs problèmes.
International Development Studies in the Era of Globalization … and Unilateralism
Après quatre ou cinq décennies d’existence, les études du développement international conservent leur dynamisme et restent en demande, notamment au Canada. Notre projet et notre numéro spécial l’illustrent bien. Pourtant, la définition et la direction du champ d’études posent encore problème. Même si la globalisation n’a pas encore complètement subverti les discours sur le développement, l’unilatéralisme des États-Unis pourrait bien y parvenir. Les études du développement international ont continué d’être flexibles et inclusives ; elles ont intégré des nouveaux enjeux et acteurs, ainsi que des nouvelles technologies et coalitions. Elles se trouvent toutefois confrontés maintenant à des nouveaux programmes, par exemple sur la globalisation ou la sécurité, et doivent composer avec la désillusion et l’épuisement dans le monde du développement.
The Development Project in Theory and Practice: A Review of its Shifting Dynamics
L’article retrace l’évolution des idées associées au projet du développement durant six « décennies de développement » (de 1948 à nos jours), notamment les changements de contexte qui ont fait surgir de nouvelles orientations identifiables dans la pensée et la pratique. La première partie passe en revue les idées relatives aux théories de la croissance et de la modernisation économiques qui dominaient au moment du lancement du projet de développement et qui ont présidé à son évolution. La deuxième explore le changement de cap majeur qui a marqué la théorie et la pratique dans les années 1970, plus particulièrement l’émergence de la théorie de la dépendance. A partir des années 1980, la théorie du développement ne peut plus être envisagée simplement de façon linéaire. En effet, des positions diverses sur la théorie et la pratique apparaissent alors a l’intérieur des trois principaux paradigmes, mais aussi de manière transversale. La troisième partie de l’article s’attache à la contre-révolution du paradigme dominant ou néolibéral et les formes dominantes du développement alternatif. La quatrième partie traite de la nouvelle approche de l’économie politique et l’impasse dans laquelle s’est trouvée la théorie du développement et l’émergence d’une approche alternative critique. Enfin, l’article explore les incidences des diverses approches pour conclure que la « confusion » et le « chaos » de la multiplicité des voix ne sont pas des obstacles. Au contraire, ils apportent à la théorie et à la pratique une complexité et des nuances très nécessaires.
New Issues, New Perspectives: Implications for International Development Studies
L’article examine l’introduction, dans les études du développement international, de « nouveaux » enjeux contextuels et concepts analytiques qui ont mené au penchant actuel pour l’approche « développement et … ». On a en effet associé aux questions centrales du développement, des enjeux contextuels (p. ex. pauvreté, aide, santé, éducation, VIH/SIDA, nouvelles technologies d’information et de communication, maintien de la paix et résolution de conflits) et des concepts analytiques vivement contestés (p. ex. genre, environnement ou développement durable, société civile, globalisation, bonne gouvernance, capital social, renforcement des capacités, participation, empowerment et sécurité). L’article montre comment cette approche « développement et … » a façonné l’étude du développement international et jeté les bases propices à la formulation de nouvelles théories revigorantes. Il analyse comment l’introduction des « nouveaux » enjeux contextuels et concepts analytiques a remis en question, ou non, notre compréhension conceptuelle des questions de développement. Il présente aussi une chronologie qui décrit quand et comment ces enjeux et ces concepts sont introduits ; il examine enfin comment et pourquoi ils apparaissent puis disparaissent des politiques de développement que préconisent les organismes multilatéraux et bilatéraux.
International Development Studies and Ethical Dilemmas in Academia
Depuis son apparition au début des années 1960, l’étude du développement (et du développement international) constitue un domaine en quête d’une discipline, qui est en outre clairement subordonné aux politiques et aux pratiques de développement des divers organismes gouvernementaux et internationaux. Issu de la période de la guerre froide, du contexte postcolonial et des limites étroites du milieu universitaire occidental, ce domaine emprunte également certains traits idéologiques propres à ses disciplines fondatrices, soit l’économie, la science politique, la sociologie et l’anthropologie. A ces traits historiques s’est ajouté la restriction progressive des débats théoriques et des analyses critiques qui a peu a peu vidé le domaine de son contenu critique et de sa réflexion éthique. L’essence de la crise qui secoue actuellement les études du développement résulte ainsi de la convergence de deux facteurs. Le premier est l’hégémonie d’un paradigme presque tautologique : les politiques néolibérales d’ajustement structurel. Le second est la transformation des établissements d’enseignement, qui sont passés d’un rôle de critiques externes à celui de soumissionnaires pour les fonds de développement. Dans un tel contexte, il devient impératif, sur les plans pratique et théorique, de reformuler la réflexion sur le développement pour se rapprocher d’une perspective analytique et éthique plus globale, « en dehors des sentiers battus ».
Multilatéralisation et développement international : nouveaux enjeux, nouvelles pratiques
Contribution à l’étude sur l’état de la recherche des études en développement international au Canada
Cet article examine les changements profonds dans le domaine de la coopération au développement international au Québec, en termes de redéfinition des enjeux, cadres conceptuels et approches sous-tendant la recherche et la pratique. Il montre comment la mondialisation influence les approches théoriques et pratiques, en stimulant un renouveau de la demande de recherche, de nouvelles formes de collaboration et d’interdisciplinarité, et en contribuant à la redéfinition de la problématique. Après avoir décrit l’influence du contexte international sur la recherche universitaire portant sur les fondements théoriques et les méthodes de recherche, l’article montre comment cette influence se traduit par la formulation de nouvelles aires et stratégies de recherche. Il examine comment la recherche théorique sur les questions majeures est confronté à la recherche sur le terrain afin de déterminer la performance des modèles et leur contribution améliorer les conditions dans les pays a faibles revenus. Enfin, l’article illustre la préoccupation de la communauté québécoise du développement d’établir des liens entre les questions internationales et locales, et du susciter auprès des jeunes une conscience des réalités interculturelles et internationales.
Academic Research and Development Policy in Canada
Cet article explore les relations entre la politique canadienne de développement et la recherche sur le développement internationale dans les universités du Canada. Il utilise un sondage, des entrevues et des études de cas afin d’examiner trois questions : la possibilité pour la recherche d’influencer la politique, l’opération de la politique de l’APD et le dialogue entre universitaires et responsables des politiques. Il conclut que les occasions pour la recherche d’influencer la politique sont restreintes, les artisans de la politique faibles et le dialogue insatisfaisant pour beaucoup d’universitaires. Cette situation peut nuire à la politique canadienne. L’article fait des comparaisons avec des expériences étrangères et formule des recommandations.
Perspectives on International Development Studies in Canadian Universities: The Canadian Consortium of University Programs in International Development Studies
L’article décrit brièvement un sondage mené auprès des membres du Canadian Consortium of University Programmes in International Development Studies afin de donner un aperçu des divers contextes institutionnels et intellectuels dans lesquels se déroule l’étude du développement international au Canada. Il examine ensuite quelques défis institutionnels et intellectuels qui influencent actuellement l’orientation des débats dans ce domaine d’études, par exemple : sa place dans la structure universitaire, l’avancement du corps professoral et la progression des études, le travail sur le terrain, l’établissement de liens, l’internationalisation, la mondialisation et l’identité.
A Survey of Upper-Year Students in International Development Studies
Cette étude a pour but de fournir un aperçu de l’opinion des étudiants sur les programmes d’études en développement international (ÉDI). Pour en arriver à cet aperçu, des entrevues et des sondages ont été utilisés. Les recherches portaient sur quatre préoccupations principales : (1) Qu’est-ce qui attire initialement les étudiants aux programmes d’ÉDI ? (2) Quels sont les avantages escomptés d’une formation en ÉDI ? (3) Quelles sont les améliorations que les étudiants aimeraient voir apporter aux programmes ? (4) Quelle est l’utilité d’un diplôme en ÉDI sur le marché du travail ? Pour permettre une analyse comparative des données, les répondants ont été classés de la manière suivante : étudiant diplômé/étudiant du premier cycle, et étudiant canadien/étudiant de l’étranger. De façon générale, les résultats indiquent que les étudiants en ÉDI sont satisfaits de la plupart des aspects de leurs programmes. Néanmoins, les résultats indiquent aussi un manque de confiance chez les étudiants face à la concurrence acharnée dans le marché du travail. Compte tenu de ces résultats, un important sous-thème indique la nécessité d’améliorer deux éléments des programmes d’études en développement international : l’apprentissage par l’expérience ou expérientiel et l’apprentissage en fonction des aptitudes.
Teaching and Studying Development: Making It Work
Les études du développement international ont connu une grande expansion depuis l’établissement des premiers programmes universitaires au Canada dans les années 1970. Nous avons beaucoup appris sur les moyens d’assurer leur bon fonctionnement aux premier et deuxième cycles. Plusieurs facteurs ont cependant joué un rôle clé dans le succès remporté. L’un d’eux, et non des moindres, consiste à sortir des pratiques récentes des organismes de développement pour adopter des visions plus larges et alternatives du progrès humain et de l’histoire de l’industrialisation capitaliste à plus long terme. Le programme des études du développement international devrait : refléter une saine tension entre la théorie, la rigueur intellectuelle et la pratique ; renforcer l’interdisciplinarité ; établir des liens entre les leçons tirées des processus de développement à l’étranger et l’expérience vécue au Canada ; et promouvoir un milieu d’apprentissage critique et interactif pour permettre aux étudiants de mieux comprendre leur propre culture et les autres cultures. L’apprentissage exptrientiel — dans un pays en développement, sinon au moins au Canada — devrait être un élément central de tout grade en études du développement international.