Volume 26, numéro 1 (2005)

L’ONU et le développement : une perspective historique

Introduction

Henry Veltmeyer, Saint Mary’s University

« Le système international des Nations Unies a vu le jour au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour assurer une approche multilatérale des relations internationales et faire en sorte qu’aucun pays ne succombe à la tentation de chercher à dominer le monde … Au cours des décennies suivantes, les Nations Unies en sont venues à jouer le rôle déterminant par rapport à l’avancement du projet de développement économique et social auquel participaient diverses institutions telles que l’Organisation internationale du travail, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture et le Programme des Nations Unies pour le développement. La fonction de ces organisations et d’autres institutions onusiennes ne saurait être surestimée. Il s’agit donc d’une anomalie curieuse et grave qu’aucune histoire ne retrace la contribution des Nations Unies — en fait d’idées ou d’institutions — au projet de développement international … »

Powerhouse of Ideas: The United Nations Intellectual History Project — A Book Review Article

D. John Shaw, ancien conseiller économique et chef du Service des affaires politiques, Programme Alimentaire Mondial

« “Ideas are a main driving force in human progress, and ideas have been among the main contributions of the United Nations from the beginning … at its best, the United Nations has always been rooted in powerful ideas reflecting human concerns and aspirations.” Thus writes Kofi Annan, the United Nations secretary-general, in his foreword to Ahead of the Curve?, the first volume of the United Nations Intellectual History Project (UNIHP) series. It is uncommon today to think of the United Nations as a powerhouse of ideas concerning global economic and social development and humanitarian action.While much has been written about the UN and its activities, relatively little has been said about its intellectual contribution to the world of ideas. This lacuna is now being filled by the UNIHP … »

UN: The Unfinished Social Agenda (1995–2000)

Krishna Ahooja-Patel, Saint Mary’s University

L’article propose une analyse et une réflexion sur les forces en faveur du changement et du développement qui ont surgi dans les années 1990 alors que les efforts visaient à construire une « société civile mondiale », un objectif qui inspire encore les organisations au sein de l’Organisation des Nations Unies. Il présente une perspective « de l’intérieur », puisque l’auteur a travaillé pendant plus de 30 ans dans le système onusien, soit à l’OIT et à l’INSTRAW. Les réactions des citoyens du monde entier devant les efforts du secteur privé ou des grandes entreprises capitalistes pour imposer leur programme ont entraîné une série de manifestations dans les rues, des forums de l’ONU et des conférences parallèles des ONG. Ces réactions révèlent clairement l’échec des gouvernements à tenir les promesses qu’ils ont maintes fois répétées dans leurs déclarations officielles aux Nations Unies depuis un demi-siècle — et de façon plus marquée durant la dernière décennie. Quelles sont les causes profondes du bouleversement et du désordre à l’échelle mondiale? Quel a été l’impact de la grande série de conférences de l’ONU durant les années 1990? Quelles sont les principales réalisations de la première grande conférence de l’ONU sur le développement social, tenue à Copenhague en mars 1995, qui fut suivie d’une réévaluation, à Genève en juin 2000? L’article répond à toutes ces questions.

Turning Point in the Evolution of Soft Financing: The United Nations and the World Bank

D. John Shaw, ancien conseiller économique et chef du Service des affaires politiques, Programme Alimentaire Mondial

Il y a un siècle, un débat qui s’est prolongé durant près d’une décennie, de 1949 à 1959, a semé la division aux Nations Unies. Il concernait une proposition visant à établir le Fonds spécial des Nations Unies pour le développement économique (SUNFED) afin de fournir aux pays en développement du financement à des conditions de faveur. Ce point tournant historique devait avoir des répercussions importantes sur les rôles que jouaient les Nations Unies et la Banque mondiale — comme elle serait un jour nommée — dans le développement économique des pays en voie de développement. Si la proposition avait été approuvée, elle aurait conféré aux Nations Unies un leadership déterminant. Le mouvement d’opposition mené surtout par les États-Unis, mais aussi par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, a entraîné la création de l’Association internationale de développement. Cet organisme de financement de faveur pour la Banque mondiale a vu en partie le jour pour empêcher la création du SUNFED. Il a fortement renforcé le rôle de la Banque au détriment des Nations Unies. Le récit présenté s’appuie largement sur les documents du Centre des archives et des dossiers de l’ONU, à New York, et sur les deux historiques de la Banque mondiale. Il relate aussi le rôle de Hans Singer, un cadre supérieur du Département des affaires économiques des Nations Unies (maintenant professeur et Sir Hans Singer), qui a été étroitement associé à la tentative de création du SUNFED.

Articles

Globalization and Neoliberalism: A Taxonomy and Some Implications for Anti-Globalization

Paul Bowles, University of Northern British Columbia

Le terme « mondialisation néolibérale » est devenu d’usage courant dans les discours universitaires comme dans les ONG et les mouvements sociaux généralement qualifiés de « mouvements antimondialisation ». Le concept de mondialisation néolibérale — et la relation entre néolibéralisme et mondialisation — n’est toutefois pas simple. En effet, le terme « mondialisation » a été interprété de diverses façons, chacune ayant une incidence sur la relation entretenue avec le néolibéralisme. L’article propose une taxonomie de quatre approches de la mondialisation, établie à partir de la relation entre l’État et le marché que chacune postule. Il offre une explication du rôle assigné au néolibéralisme dans chacune des quatre approches. L’article donne, en terminant, un aperçu de ce que cela implique pour notre compréhension du mouvement antimondialisation.

Development and Globalization as Imperialism

Henry Veltmeyer, Saint Mary’s University

Le développement et la mondialisation peuvent tous deux être compris comme une forme d’impérialisme — comme les visages différents de la même dynamique issue du projet de domination mondiale et des efforts de longue date des États-Unis pour établir leur hégémonie. L’article reconstruit d’abord certaines des principales dynamiques du développement international, à la fois comme projet stratégique et comme processus objectif de progrès économique. Il se tourne ensuite vers le discours sur la mondialisation, l’argument selon lequel la mondialisation n’est rien de plus qu’un masque pour les visées impérialistes de la superpuissance états-unienne. Il soutient enfin que le « nouvel impérialisme », sous la forme présentée et construite par ses idéologues néoconservateurs, repose sur la projection explicite du pouvoir politique et de la force militaire : la guerre plutôt que le développement local ou la projection du pouvoir économique (aide, commerce, investissement, mondialisation). En conclusion, les ONG et les autres composantes de la société civile ont été forcées de servir l’empire, de lui offrir une assistance stratégique pour étouffer le ferment révolutionnaire dans les pays du Sud à la périphérie du système, en particulier dans les campagnes où se vit le développement rural et se trouvent les mouvements sociaux.

L’éducation et la technologie : perspectives des femmes sénégalaises

Pierre Michaud, University of Ottawa (ret.)
Nacuzon Sall, Cheick Anta Diep University

Depuis plusieurs années les pays développés exportent systématiquement vers l’Afrique différentes composantes de leur technologie. Ces innovations ont, entre autres, un impact sur la vie des femmes et sur leur perception de l’éducation. Cette recherche tente de déterminer comment les Africaines exposées à ces innovations technologiques perçoivent l’impact de l’éducation et de la technologie sur leurs rôles sociaux, leur emploi du temps et quels sont les bénéfices qu’elles perçoivent en retirer. À cette fin, neuf groupes de femmes ayant participé directement ou indirectement à une expérience d’alphabétisation appuyée des technologies informatiques au Sénégal furent rencontrées en groupes de discussion et leurs propos furent analysés. L’analyse de contenu effectuée sur ce corpus témoigne du cheminement fait par les femmes du milieu rural du pays et des difficultés qu’elles doivent encore surmonter.

University-Government Policy Linkages and the Knowledge-Based Approach to International Development

David O’Brien, candidat au doctorat, Wageningen University

L’article compare le rôle de la recherche universitaire et l’usage qu’en font les organismes bilatéraux de développement au Canada et au Royaume-Uni. Le choix de ce thème vient de l’ascendance qu’exerce le nouveau paradigme du développement : la coopération fondée sur le savoir. Cette approche considère le savoir comme la nouvelle monnaie d’échange pour l’aide au développement et elle valorise les relations favorables à la production et au partage des connaissances. À partir d’études récentes et de données comparatives, l’article présente une analyse des interactions université-gouvernement au moyen d’une série de variables susceptibles de promouvoir la production du savoir et l’utilisation des recherches. Il constate que, dans les deux pays étudiés, les organismes donateurs officiels s’accordent sur le discours d’une approche fondée sur le savoir pour assurer le développement. Pourtant, le cadre d’analyse montre que le milieu institutionnel, les programmes et les réseaux entre chercheurs et agences de développement. sont plus susceptibles de favoriser l’utilisation de la recherche au Royaume-Uni qu’au Canada.

Prix Kari Polanyi Levitt 2004

Rural Social Movements and the Prospects for Sustainable Rural Communities: Evidence from Bolivia

Susan Healey, candidate au doctorat, University of Guelph

Les mouvements indigènes et paysans ont accru de façon spectaculaire leur capacité de contester les modèles dominants hyperlibéraux en matière de développement et de proposer de nouvelles solutions pour favoriser la diversité ethnoculturelle et la justice sociale. Après avoir passé en revue la question agraire et les nouvelles perspectives de développement durable en Amérique latine, l’article propose le concept de communautés rurales durables comme paradigme contemporain adéquat pour régler les questions de développement. Selon les données probantes du cas bolivien, les mouvements sociaux ruraux qui profitent des changements apportés à la structure d’opportunité politique, y compris la réforme constitutionnelle et la décentralisation, pourront peut-être acquérir une véritable capacité politique leur permettant d’améliorer les perspectives pour les communautés rurales durables.

Échos du terrain

Who is Driving Development? Reflections on the Transformative Potential of Asset-Based Community Development

Alison Mathie, St. Francis Xavier University
Gord Cunningham, St. Francis Xavier University

Issu d’une critique des approches fondées sur les besoins en matière de développement, le développement communautaire fondé sur les actifs propose une série de principes et de pratiques pour mobiliser et soutenir le développement économique communautaire. L’article souligne comment ces principes et ces pratiques sont liés à l’intérêt actuel que suscitent divers sujets : le cadre théorique des moyens d’existence durable; le concept du capital social; la psychologie sociale de la mobilisation; le renforcement des capacités et de l’initiative pour s’engager comme citoyens se prévalant de leurs droits de citoyenneté; le rôle d’intervenants multiples; et le problème du contrôle sur le processus du développement. Enfin, l’article signale les défis des ONG utilisant une approche fondée sur les actifs et dirigée par la communauté, car celles-ci doivent fonctionner dans le cadre d’un paradigme fondé sur les besoins et la résolution de problèmes.

Recensions

AIDS on the Agenda: Adapting Development and Humanitarian Programmes to Meet the Challenges of HIV/AIDS, Sue Holden

Gail R. Pool, University of New Brunswick

Good Jobs Wanted: Labor Markets in Latin America; The Inter-American Development Bank 2004 Economic and Social Progress Report, Inter-American Development Bank

Milton A. Ortega, Portland State University

Sweet and Sour: Life-Worlds of Taipei Women Entrepreneurs, Scott Simon

Krishna Ahooja-Patel, Saint Mary’s University

Why? The Deeper History Behind the September 11th Terrorist Attack on America, J.W. Smith

Senyo Adjibolosoo, Point Loma Nazarene University