Volume 26, numéro 3 (2005)

Croissance économique et développement national en Asie du Sud-Est

Introduction

Henry Veltmeyer, Saint Mary’s University

« Les expériences de développement national en Corée du Sud et à Taïwan suscitent depuis longtemps divers débats et discussions à propos de la dynamique de la croissance économique, notamment dans le domaine des études du développement international ces deux dernières décennies. La question centrale soulevée dans ces études concerne l’existence d’un “modèle asiatique” de développement capitaliste : une représentation théorique simplifiée de la voie vers le développement national tracée par Taïwan, la Corée du Sud et d’autres “nouveaux pays industriels” … »

Agricultural Revolution, Political Development, and Long-Run Economic Growth

Richard Grabowski, Southern Illinois University

Selon l’auteur, plus une élite dirigeante dépend d’une petite minorité pour les ressources nécessaires à sa survie politique, plus cette élite aura tendance à être prédatrice. À l’inverse, plus le groupe dont l’élite dirigeante dépend pour sa survie politique est large, moins cette élite aura tendance à être prédatrice. C’est ce que l’on entend par le développement politique. Par conséquent, le développement politique est nécessaire au développement économique à long terme et il se produit plus souvent dans un contexte de développement agricole (rural) à grande échelle. Pour illustrer ces idées, l’auteur fait état de l’expérience du Japon et de Taïwan.

Differences Behind the Appearances: Export Growth, Technological Capabilities, and Development in Mexico and South Korea

Raúl Delgado-Wise, Universidad Autónomas de Zacateras
Noela Invernizzi, Universidad Autónomas de Zacateras

La croissance des exportations a suivi des voies apparemment parallèles au Mexique et en Corée du Sud. Les auteurs soutiennent toutefois que le développement économique et social y a emprunté des voies radicalement différentes et opposées. Le but de leur article est d’examiner certaines dimensions stratégiques de ces deux voies pour tenter de démystifier l’aura de succès qui entoure le cas mexicain.

Le capital social et le secteur informel

Introduction

Henry Veltmeyer, Saint Mary’s University

« Pour le grand public, le “développement” est généralement conçu surtout en termes de croissance économique (augmentation du produit national brut — soit la production totale de l’économie nationale) et de transformation de la structure de production nationale. La première conception repose sur un processus d’accumulation du capital (augmentation du taux d’épargne et d’investissement). La seconde repose sur un processus d’industrialisation et de modernisation dans le “secteur formel” de l’économie. Depuis le milieu des années 1970, un nouveau paradigme est toutefois apparu, qui considère le développement de façon très différente. Depuis lors, on a largement reconnu que le principal moteur du développement réside beaucoup moins dans l’économie formelle des entreprises d’État et des entreprises capitalistes, grandes, moyennes ou petites, que dans une économie informelle florissante composée de micro-entreprises et d’activités économiques irrégulières non-structurées … »

The Business of Food Street Vendors in Bangkok: An Analysis of Economic Performance and Success

Narumol Nirathron, Thammasat University

L’auteure analyse les activités économiques des vendeurs ambulants de nourriture dans les rues de Bangkok. Elle examine deux grands concepts : premièrement, l’idée de succès selon la perception des vendeurs euxmêmes; deuxièmement, le concept de résultat économique selon les mesures tirées des enquêtes sur le revenu, l’épargne et les dépenses en capital. L’auteure a exploré les indicateurs de succès qu’avaient déterminés les vendeurs, puis elle les a soumis à un test statistique. Les divers degrés de succès notés ont une incidence sur les politiques visant à réduire la pauvreté et à développer l’entreprenariat, étant donné les caractéristiques économiques, sociales et culturelles de Bangkok dans un contexte de mondialisation.

Grassroots Participation for Infrastructural Provisioning in Northwest Cameroon: Are Village Development Associations the Panacea?

Charles C. Fonchingong, Université de Buéa
Canute A. Ngwa, Université de Buéea

Les communautés locales sont le terrain où surgissent des initiatives de développement de l’espace alors qu’elles sont aux prises avec une pénurie de ressources et se démènent pour combler le vide laissé par les compressions dans les services publics. L’article examine la participation selon le sexe au développement communautaire dans des municipalités choisies de la province du Nord-Ouest au Cameroun. Il précise les rôles de sexe et les préjugés sexistes qui ont cours dans la participation communautaire ravivée qui s’y produisent et qui ont été ravivés par les associations de développement des villages (ADV). Les ADV sont en effet devenues les principaux véhicules pour stimuler les ressources indigènes ainsi que pour bâtir le capital social et humain nécessaire à la réalisation de projets. Voici quelques exemples de projets menés avec succès : construction de ponts et de centres communautaires; réfection d’écoles et de centres de santé; excavation et entretien de routes de terre; travaux de canalisation pour l’approvisionnement en eau. Malgré les efforts communautaires, les ADV ont de la difficulté à entreprendre de vastes projets de développement d’infrastructures comme l’électrification des milieux ruraux, la construction de routes, de canalisations d’eau et de centres de santé qui exigent d’énormes investissements de capitaux et une expertise technique poussée. Plusieurs autres facteurs influencent la participation : une foule d’inégalités fondées sur le sexe; la mauvaise gestion; les intérêts acquis ambigus de l’élite; les structures de fonctionnement complexes des ADV; et un contexte institutionnel politisé. En conclusion, l’article signale que les ADV ne sont pas une panacée. Si elles sont revitalisées, elles pourront toutefois permettre de déterminer les priorités pour le développement local et servir d’intermédiaires pour canaliser les efforts directs de réduction de la pauvreté.

Le développement durable

Introduction

Henry Veltmeyer, Saint Mary’s University

« Avec la publication par les Nations Unies du Rapport Brundtland, en 1987, le concept de développement durable est devenu dominant dans la théorie et la pratique du développement pour décrire la relation entre l’économie et l’environnement. Dans les années 1980, le concept de durabilité a pris une dimension sociale plus prononcée dans un souci croissant d’augmenter la participation populaire ou communautaire au processus de développement. Un tel souci coïncidait avec le passage de formes de développement national dirigées par l’État à un renforcement de la société civile. Cette transformation des pratiques de développement a mené à délaisser les vastes projets et programmes d’infrastructure et de construction de la nation pour favoriser plutôt des petits projets communautaires qui sont plus près des bénéficiaires et des participants possibles. On a alors étendu le concept de durabilité pour qu’il englobe non seulement la protection de l’environnement, mais aussi une préoccupation par rapport aux moyens de subsistance, en particulier ceux des pauvres des milieux ruraux. Un grand nombre d’écrits sur le développement durable et les moyens de subsistance ont été publiés dans la foulée de ces changements et de ces préoccupations croissantes … »

Coopération internationale en gestion environnementale urbaine : un modèle théorique canadien

René Parenteau, Université de Montréal
Pascal Lavoie, Université de Montréal

Les documents de politiques et de programmes de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) permettent de construire un modèle théorique de coopération internationale en gestion environnementale urbaine. Ce modèle est réalisé très partiellement dans des projets financés par l’ACDI. Le modèle en pratique relève bien les enjeux du développement urbain. Par contre, les enjeux relatifs au développement social, à la bonne gouvernance et à la mondialisation des marchés des services et infrastructures urbaines sont très peu pris en compte dans la pratique. Le modèle théorique de l’ACDI semble mieux adapté à des contextes africains qu’à des contextes asiatiques.

Public Participation in Environmental Assessment: Case Studies on EA Legislation and Practice

John F. Devlin, Saint Mary’s University
Nonita T.Yap, University of Guelph
Robert Weir, Agence canadienne de développement international

La pratique de l’évaluation environnementale (EE) a pris de l’expansion depuis la fin des années 1960; elle est maintenant institutionnalisée dans plus de 100 pays. L’article présente une analyse comparative des lois et règlements touchant l’EE adoptés par 27 pays et quatre banques de développement régional. Il passe en revue 17 processus d’EE dans six pays en développement. La plupart des lois examinées exigent une certaine participation du public, mais à des degrés très variables. D’après les analystes, cette participation peut améliorer la qualité des informations disponibles durant le processus d’approbation des projets. Les écrits sur la question signalent toutefois que l’EE a remporté moins de succès en ce qui concerne l’amélioration des conditions exigées pour approuver les projets. Les 17 processus d’EE étudiés fournissent d’autres données empiriques afin d’évaluer, dans la pratique, l’efficacité de la participation du public. La majorité des études de cas confirment les généralisations mises de l’avant dans les écrits : cette participation n’a pas permis, jusqu’ici, d’éviter des changements environnementaux irréversibles ni de garantir que l’on tiendra compte des inquiétudes des gens en marge de la prise de décisions lors des processus de conception et d’approbation des projets. Il y a toutefois des exemples de succès. L’article décrit ainsi des cas aux Philippines, au Brésil et en Afrique du Sud où la participation du public à l’EE a mené à l’abandon de vastes projets.

Advances and Limits of Social Sustainability as an Evolving Concept

Guillermo Foladori, Universidad Autónomas de Zacateras

Le concept d’« environnement » renvoie habituellement à la nature à l’extérieur du monde humain. Néanmoins, le discours théorique sur la crise environnementale moderne considère et traite la société humaine comme partie prenante de l’environnement. Dans un tel contexte, le concept de développement durable comprend les dimensions sociale, économique et écologique. L’article analyse l’évolution, en tant que concept, de la dimension sociale du développement durable. L’auteur conclut que les principales approches dans le domaine subordonnent le social à l’écologique. Il analyse et évalue les conséquences de cette situation.

Réflexions sur le développement

Introduction

Henry Veltmeyer, Saint Mary’s University

« La RCÉD publie avec plaisir deux réflexions théoriques sur le développement international. Ces articles offrent un survol de différentes approches et idées en matière de développement à la fois comme projet conçu consciencieusement et comme processus soumis à des conditions objectives (structurelles) et subjectives stratégiques) … »

Globalization, Development, and Economics: Reflections on the History of Development Thought

Kari Polanyi Levitt, McGill University

« There is a remarkable contrast between the complexity of what we call globalization, and the simplicity of the abstractions of economics, which have been locked in a holding pattern for the past 20 years. This very prestigious and important discipline has not adequately responded to the realities of the world we live in, particularly in terms of the impact of globalization on the developing world.

« My retrospective look at the work of the pioneers of development economics of the 1940s, 1950s, and 1960s is framed by a wider historical view of the creation of the developing world in successive waves of globalization. There are hundreds if not thousands of articles and courses on globalization, and yet this phenomenon, which is of such great significance, is not well understood.

« I suggest that what we are now witnessing is the third wave of capitalist penetration of the rest of the world that commenced with European exploration and conquest 500 years ago … »

Exploring the Frontiers of International Development: Countries of the North, Well-Being, Spirituality, and Contemplation

Farokh Afshar, University of Guelph

L’article explore trois frontières dans le domaine du développement international : aucune d’elles n’est nouvelle, mais toutes ont été négligées. La première est la frontière du Nord : faut-il élargir les horizons du développement international au-delà du champ traditionnel des pays du Sud afin d’englober le développement dans les pays du Nord, et les liens entre les deux? La deuxième est la frontière du mieux-être, du bonheur et de la spiritualité : le développement international devrait-il élargir ses objectifs pour viser non seulement les biens matériels — physiques et économiques — mais aussi le mieux-être, le bonheur et la spiritualité? La troisième est la frontière de la contemplation : le développement international devrait-il approfondir ses moyens de connaissance pour dépasser l’empirisme des sens et de l’esprit rationnel afin d’inclure la contemplation en tant que forme intemporelle de sagesse?

Recensions

Qu’allons-nous faire des pauvres ? Réformes institutionnelles et espaces politiques, ou Les pièges de la gouvernance pour les pauvres, Bonnie Campbell (sous la dir. de)

Nancy Thede, Université du Québec à Montréal

Locked in Place: State Building and Late Industrialization in India, Vivek Chibber

Anil Varughese, candidate au doctorat, University of Toronto

Democratization, Democratic Governance, and Civil Society in Comparative Perspective: Africa, Asia, and Latin America, Philip Oxhorn, Joseph S. Tulchin, and Andrew D. Selee (eds.)

John Cameron, Dalhousie University