Volume 27, numéro 2 (2006)

Numéro thématique : L’Afrique face au développement

L’Afrique face au développement : entre injonctions libérales et besoin d’État — Introduction

Abdoulaye Gueye, Université d’Ottawa, rédacteur invité

« Il ne manque pas totalement de signes témoignant d’une recrudescence, au sein des universités nord-américaines en tous les cas, d’intérêt pour la recherche sur le développement, lequel va souvent de pair avec l’intérêt pour l’Afrique puisque ce continent cristallise les plus grands défis “développementalistes”, et par sa relative jeunesse politique constitue encore l’un des meilleurs laboratoires d’observation qui soient du processus complexe de conception et de mise en application des politiques de développement. … La Revue canadienne d’études du développement ne pouvait manquer de marquer cette dynamique de réinvestissement scientifique du continent africain. D’ou le présent dossier spécial qu’elle consacre à la problématique du développement en Afrique. … Au-delà de la spécificité de chacun des six sujets qu’ils abordent, les articles réunis dans ce numéro soulèvent, cependant, un problème récurrent : celui de l’écartèlement des sociétés africaines entre les injonctions du néo-libéralisme et le besoin d’État. Mais l’ampleur des défis à relever dans les domaines de la santé, de l’emploi, de l’environnement, etc., invite à se demander, à la suite de Mkandawire (2003), si l’Afrique ne gagnerait pas, dans sa quête du développement, à faire du marché et de l’initiative privée, un complément de l’État et non un substitut … »

Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) : trois éléments de critique

Sandrine Mesplé-Somps, Institut de recherche pour le développement

Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (mieux connu sous l’acronyme NEPAD pour New Partnership for Africa’s Development) est un cadre stratégique de développement pour le continent africain. Cet article s’attache à examiner la pertinence du diagnostic comme des politiques préconisées. Les critiques concernent le contenu économique du document. Elles portent sur le fait (1) que la question du financement des investissements est traitée de manière assez maladroite alors que les choix en matière d’investissement sont insuffisamment hiérarchisés, (2) que les politiques de lutte contre la pauvreté sont abordées avec grande « timidité », (3) et que le projet relève d’une approche trop minimaliste du rôle des États en Afrique.

The Implications of NEPAD for Capital Accumulation

Abdella Abdou, Brandon University

Depuis l’avènement du néolibéralisme, on insiste sur le rôle des investissements privés pour le développement économique de l’Afrique. Bien des réformes apportées aux politiques macroéconomiques et sectorielles en lien avec les programmes d’ajustement structurel (PAS) visaient à stimuler les entrepreneurs locaux et à attirer des investissements étrangers vers les économies africaines. L’effort pour atteindre cet objectif est toutefois resté vain dans une large mesure. Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) poursuit des objectifs semblables puisqu’il favorise le rôle du secteur privé dans l’accumulation du capital. Il introduit toutefois de nouveaux éléments en matière de politiques. Ses trois principales initiatives concernent la bonne gouvernance, l’infrastructure et l’intégration économique régionale; elles ont pour but d’assurer l’intégration réelle de l’Afrique au processus de la mondialisation. L’auteur explore les incidences de ces trois initiatives sur l’accumulation du capital en Afrique. Il commente aussi l’impact que pourrait avoir le NEPAD sur les formes d’accumulation, c’est-à-dire comment il pourrait reconfigurer les positions relatives des entrepreneurs locaux, des entreprises publiques et des investisseurs étrangers dans les économies africaines.

Acteurs locaux, représentation et « politics » des éco-pouvoirs dans le Cameroun rural post-1994

Phil René Oyono, Center for International Forestry Research

Une des innovations cardinales de la réforme du secteur forestier camerounais est représentée par la dévolution de pouvoirs de gestion déterminés aux communautés locales. Lesdites communautés locales y ont vu une réponse à leurs revendications séculaires — et à leurs frustrations — au sujet des bénéfices issus de l’exploitation commerciale des forêts de leurs terroirs. La création des forêts communautaires, leur exploitation locale et la gestion des revenus générés par la vente des bois ou des sciages, d’une part, et l’accès à des formes de taxes forestières par les communautés villageoises, d’autre part, sont significatifs de cette avancée. Les lignes qui suivent présentent succinctement les mécanismes de base de ce transfert de pouvoirs sur « la nature et sur l’argent ». Elles explorent ensuite les résultats générés par le « jeu des pouvoirs » et les « local politics » et opèrent une évaluation du rôle des représentants locaux — les comités de gestion — dans les dynamiques en cours. Enfin, partant de l’hypothèse selon laquelle les limites observées procèdent dans une large mesure de l’absence de balises pour la gestion décentralisée, l’auteur propose une piste de recherche axée dans l’ensemble sur l’identification d’indicateurs de suivi de l’exercice des pouvoirs sur la nature et sur l’argent des forêts.

Getting Natuye Off the Ground: Professional Capacity Building for the SADC’s Environment and Development Sectors

Jessica Jones, étudiante diplômée, Carleton University

L’article relate l’expérience récente de l’établissement de Natuye, l’Institut pour l’environnement, une ONG de la Namibie qui a pour but de soutenir le perfectionnement professionnel dans les secteurs de l’environnement et du développement en Afrique australe. Même si l’Institut possédait un avantage comparatif apparent pour répondre à un besoin identifié, il s’est heurté à de nombreux obstacles avant de voir le jour. Il est possible pour Natuye de tirer des leçons utiles d’une initiative semblable, NetWise, qui a échoué lorsque les fonds des donateurs ont été à sec. Pour assurer le démarrage de Natuye, il faut un financement novateur, des partenariats institutionnels et des modèles commerciaux de prestation des services. L’auteure formule également des conclusions plus larges sur les orientations et les modalités stratégiques pour réaliser des initiatives de renforcement des capacités en Afrique australe.

Lost in the Fray: State HIV/AIDS Policies in South Africa and their Impact on Women

Susan James, USF Health, University of South Florida

L’article porte sur la situation des femmes en Afrique du Sud par rapport au VIH/sida et sur l’impact apparent des politiques publiques dans ce domaine. L’auteure analyse les politiques et les tendances en examinant les intervenants, les contraintes, les ressources et les capacités sans oublier des facteurs externes comme les politiques bilatérales et multilatérales. L’Afrique du Sud compte le plus grand nombre de personnes porteuses du VIH/sida au monde et la majorité d’entre elles sont des femmes. Ses politiques touchent presque tous les secteurs, mais, signale l’auteure, elles sont fragmentées et d’une portée relativement limitée. Pour combattre efficacement la maladie, il faut des efforts beaucoup plus coordonnés, de grande envergure, qui tiennent compte des femmes.

« Dé-privatisation » de la politique commerciale ? Le cas du tarif extérieur commun de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine

Bertrand Laporte, Université d’Auvergne

Les activités de lobbying des groupes d’intérêts privés influencent depuis longtemps la politique commerciale des pays d’Afrique de l’Ouest. Les doctrines, à un moment contradictoires de la Banque mondiale et du FMI, ont été un frein à la libéralisation commerciale des pays d’Afrique de l’Ouest et ont fait le jeu des groupes de pression. Au cours des années 1990, les réformes encouragées par ces deux institutions se sont rapprochées, notamment dans le cadre d’un soutien à l’intégration régionale. Bien que l’organisation institutionnelle de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) soit plutôt favorable au statu quo en matière de réforme de la politique commerciale, ce soutien du consensus de Washington et de l’Union européenne a permis la dé-privatisation partielle de la politique commerciale à travers la définition du tarif extérieur commun (TEC).Mais le maintien de régimes nationaux d’exonérations et d’incitation fiscale réduit très largement la portée du TEC et risque de remettre en cause la pérennité de la réforme tout comme l’opportunité de l’élargissement de l’Union douanière dans le cadre de la négociation de l’Accord de partenariat économique avec l’Union européenne.

Franchising and the Potential for Economic Development in Africa

Eckhard Siggel, Concordia University, Montréal
Perry Maisonneuve, Northern Lights Franchise Consultants
Emmanuelle Fortin, Hydro-Québec

L’article examine la contribution du franchisage au développement économique en Afrique à partir d’une enquête récente, par questionnaire et entrevue, sur 52 systèmes de franchisage (franchiseurs et franchisés). La recherche a été réalisée en Afrique du Sud, en Égypte, au Maroc et en Côte d’Ivoire pour la Banque africaine de développement. Les auteurs explorent le rôle du franchisage dans divers domaines : la promotion de l’entreprenariat, la création d’emplois, le transfert des technologies et du savoir-faire, l’innovation, la production de recettes en devises étrangères, la réduction de la pauvreté et la stimulation de l’épargne. Ils traitent du franchisage de l’image commerciale (ce qui exclut le franchisage strict des marques de commerce où les droits liés à l’identité d’une entreprise ne seraient pas accompagnés du produit lui-même, des processus, d’un savoir-faire commercial particulier, de formation, etc.). La recherche conclut que les entreprises franchisées ont connu une très forte croissance, notamment en Afrique du Sud, et qu’elles contribuent beaucoup au transfert des technologies, à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté.

Recensions

Reclaiming Development: Independent Thought and Caribbean Community, Kari Levitt

Dennis C. Canterbury, Eastern Connecticut State University

The Power of Greed: Collective Action in International Development, Michael Mosberg

William Cowie, Society for International Development