Volume 28, numéro 2 (2007)

Les programme d’aide canadiens au nouveau millénaire : Paradoxes et tensions

Introduction

David R. Black, Dalhousie University

« Tout au long de l’histoire, les programmes d’aide canadiens ont été fondés sur une longue tradition d’analyses et de débats savants. Cette tradition s’est poursuivie durant la triste décennie des années 90, époque où certaines des contributions théoriques les plus importantes et durables ont vu le jour malgré un contexte “réel” où l’aide canadienne a été coupée de moitié en fonction d’un pourcentage du PIB, et où l’avenir même du régime d’aide internationale a été remis en question.

« Ironiquement, le volume et le niveau des débats intellectuels à propos des programmes d’aide du Canada ont diminué considérablement depuis le début du nouveau millénaire, alors même que le gouvernement du Canada a entrepris de réinvestir de manière durable dans l’aide au développement et a renouvelé ses initiatives de réforme de l’administration de l’aide et de renforcement de l’efficacité. Il est clair que certains universitaires ont continué d’apporter des contributions utiles, et que des organismes non gouvernementaux, notamment l’organisme-cadre qu’est le Conseil canadien pour la coopération internationale, ont fourni de manière soutenue d’importantes analyses et observations. Néanmoins, il est juste de dire que les programmes d’aide du Canada ont fait l’objet d’un moins grand nombre d’examens et de débats théoriques, alors que l’aide au développement retient de plus en plus l’attention au pays et à l’étranger …

« La présente section thématique vise donc à corriger en partie cette tendance et, nous l’espérons, à stimuler la reprise des analyses et des débats. Les cinq articles traitent de différentes manières des forces dynamiques et des tendances relatives à l’élaboration de programmes d’aide au Canada et du rôle de l’ACDI, principal architecte et agent en la matière … »

The Canadian International Development Agency: New Policies, Old Problems

David R. Black, Dalhousie University
Rebecca Tiessen, Dalhousie University

L’Agence canadienne de développement international confronte une série de pressions qui font en sorte qu’elle ne peut maintenir une mission cohérente, des priorités stables en vue de politiques et des réformes administratives discutées depuis longtemps. Ces pressions sont avant tout normatives — entre des orientations plus universelles et affirmant de la souveraineté. Ces pressions seront dégagées au travers de trois niveaux d’analyse : transnational, gouvernemental et socio-étatique. Nous nous arrêtons particulièrement sur le thème de « partenariat » qui met en lumière les pressions institutionnelles et normatives des niveaux socio-étatique et transnational. Ni l’Énoncé de politique internationale du Canada de 2005, ni l’élection d’un gouvernement minoritaire conservateur n’ont indiqués que ces pressions puissent être accommodées efficacement.

‘Creating the world’s best development agency’? Confusion and Contradictions in CIDA’s New Policy Blueprint

Stephen Brown, Université d’Ottawa

Analyse du chapitre de l’Énoncé de politique internationale sur le développement comme plan pour radicalement améliorer le travail de l’Agence canadienne de développement international. Examen des grands objectifs et intentions de l’énoncé : améliorer l’aide au développement non seulement pour combattre la pauvreté à l’étranger mais aussi promouvoir les intérêts du Canada, y compris en lui donnant un rôle plus important en affaires internationales. Analyse des moyens proposés pour atteindre cet objectif : influencer les politiques des pays en voie de développement, améliorer l’efficacité de l’aide en étant plus sélectif dans le choix de récipiendaires, verser plus d’aide à moins de pays et dans moins de secteurs et assurer une plus grande cohérence avec les autres politiques du gouvernement canadien. L’auteur soutient que la confusion et les contradictions qu’on retrouve dans le document, combinées avec l’augmentation relativement modeste des ressources qu’on y prévoit, rendent peu probable qu’il aura un effet transformateur, voire un impact positif important sur le programme canadien d’aide au développement ou sur la réputation de l’ACDI sur la scène internationale.

CIDA in the Americas: New Directions and Warning Signs for Canadian Development Policy

John Cameron, Dalhousie University

Étude des implications en matière de politiques du chapitre sur le développement de l’Énoncé de la politique internationale du Canada de 2005, avec une attention particulière sur l’aide au développement pour l’Amérique latine. Une analyse de cet énoncé avec une perspective latino-américaine soulève des questions plus larges au sujet de l’aide canadienne, notamment en ce qui concerne l’insuccès de l’Agence canadienne de développement international de traiter explicitement des problèmes d’inégalités économiques des pays en développement, du lien important entre l’allocation de l’aide et les intérêts de la politique étrangère, ainsi que la manière dont l’ACDI conceptualise l’aide au développement et les pays en développement.

Canada’s Approach to Good Governance in Bangladesh: Exploring the Dynamics of Social Change

Fahimul Quadir, York University

Étude de cas du sens et de la signification du cadre de gouvernance canadien. En examinant les activités du Canada sur la gouvernance au Bangladesh, il est possible d’identifier les particularismes de l’approche canadienne. Même si ce cadre est tiré de la tradition dominante de la philosophie libérale, centrée sur la promotion de la démocratie procédurale et du marché libre, il reconnaît la synergie entre la promotion démocratique, la réforme du marché et le développement social. Malgré le caractère innovateur du cadre de gouvernance canadien, celui-ci ne fonde pas le défi de la gouvernance et du développement humain sur une base théorique suffisamment distincte et compréhensive, ce qui mène particulièrement à des difficultés politiques et analytiques quant aux relations entre état et société civile.

From Inter-Dependence to Conflation: Security and Development in the Post-9/11 Era

Erin Simpson

Les débats relatifs au lien entre la sécurité et le développement ne sont pas nouveaux. Cependant, suite aux attaques du 11 septembre 2001, ce lien est passé d’une interdépendance abstraite à une idée qui donne justification politique à l’assemblage pratique et conceptuel de ces deux champs. La liaison sécurité/développement modifie les terrains du développement : l’aide officielle au développement est utilisée pour renforcer les objectifs de sécurité et d’anti-terrorisme des pays donateurs ; la liste grandissante d’états « fragiles et en déroute » est ciblée pour des projets multidimensionnels de renforcement d’état qui impliquent des forces militaires occidentales ; et l’action humanitaire est utilisée pour renforcer les stratégies politiques et militaires des gouvernements. Les discours sur le développement, les ressources au développement et le support public pour le développement, ont été saisis par un agenda qui en réalité, n’a peu à voir avec le développement. Ceci transforme le développement et, plus généralement, engage la transformation de la politique étrangère canadienne.

Articles

Ownership and Participation: The Limitations of the Poverty Reduction Strategy Paper Approach

Mia Mouelhi et Arne Rückert

Au cours des dernières années, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont réorienté leurs politiques, jusque-là axées sur la croissance économique, vers l’internalisation par les pays et la participation de la société civile. Ce changement s’est traduit, vers la fin des années 1990, par l’introduction d’un mécanisme nouveau, le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté. Toutefois, ce mécanisme ne représente pas le changement fondamental nécessaire à une politique d’internalisation, car il ne tient pas suffisamment compte des priorités et réalités nationales. Les contradictions et les contraintes inhérentes au DSRP ainsi que les expériences de plusieurs pays sont examinées.

La situation des diplômés de la formation professionnelle sur le marché du travail au Maroc : Une analyse sexo-spécifique à l’aide des modèles de durée

Brahim Boudarbat, Université de Montréal

Malgré un grand développement du système de la formation professionnelle au Maroc au cours des 20 dernières années, la situation des diplômés sur le marché du travail demeure très précaire. Les données de l’Enquête sur le cheminement professionnel des diplômés de 2000 sont exploitées pour identifier les facteurs qui favorisent ou freinent l’accès à l’emploi. L’analyse se base sur des modèles de durée appliqués à la durée de chômage avant le premier emploi. Les résultats confirment la nature désorganisée du marché du travail au Maroc. Les formations liées au secteur informel donnent plus de chance d’emploi. Le recours aux interventions de parents et d’amis facilite l’accès à l’emploi, surtout pour les filles. L’intervention du centre de formation ou la consultation des offres d’emploi annoncées dans les journaux sont également payantes, bien que dans une moindre mesure comparativement aux relations personnelles. La profession du père est déterminante. Les enfants des cadres supérieurs et des artisans sont plus susceptibles d’être employés que le reste. Enfin, le fait d’avoir suivi un stage en milieu pratique aide davantage les filles que les garçons.

Note de recherche

Exploring the Wellbeing Index as a Measure of Development Diversity

Kim Naqvi, Thompson Rivers University

Revue de l’indice du bien-être de Robert Prescott-Allen, pour une étude impliquant plusieurs pays. Établi pour la politique publique et la planification, il a deux dimensions : le bien-être humain et le bien-être de l’écosystème. Bien que construit de manière logique et facile à interpréter et à manipuler, il incorpore des suppositions qui invitent une exploration plus approfondie. L’effet de deux d’entre elles, la relation entre le revenu et le bien-être humain et la valeur sociale des taux de fertilité inférieurs au taux de remplacement, sur l’indice et la carte mondiale de bien-être est testé.

Recensions

Fair Trade Coffee: The Prospects and Pitfalls of Market-Driven Social Justice, Gavin Fridell

Ian Hudson, University of Manitoba

Bread and Stones: Leadership and the Struggle to Reform the United Nations World Food Programme, James Ingram

D. John Shaw, former economic adviser and chief, Policy Affairs Service, World Food Programme

Pakistan: Social and Cultural Transformations in a Muslim Nation, Mohammad Abdul Qadeer

Farzad R. Khan, Lahore University of Management Sciences

Sortir l’Afrique du gouffre de l’histoire : Le défi éthique du développement et de la renaissance de l’Afrique noire, Yao Assogba

Nuah M. Makungu M., Université du Québec en Outaouais

Democracy and Civil Society in Asia (2 vol.), Fahimul Quadir and Jayant Lele

Syed Serajul Islam, Lakehead University