Volume 29, numéro 1–2 (2009)
Numéro spécial
Microfinance
Perspectives internationales sur l’efficience et la gouvernance
Introduction
« L’objectif de ce numéro spécial consiste à analyser les mécanismes de gouvernance et l’efficience des IMF “orientées marché”. L’accent est mis sur les IMF dites de “type mutualiste”, sur lesquelles sont centrés la plupart des articles présentés dans le numéro.
« Pourquoi focaliser sur les mutuelles ? Le choix est aisément justifiable… Parmi les intermédiaires financiers européens, les mutuelles dominent par la taille, les parts de marché et le nombre de clients. De plus, dans la plupart des pays européens, une mutuelle représente la plus grande institution financière de par la taille et, prises ensemble, les mutuelles détiennent plus de 50 % des parts du marché. Tandis qu’une abondante littérature traite de la gouvernance dans les sociétés par actions et des raisons qui poussent ces dernières à ne pas offrir de services financiers aux pauvres, il existe très peu d’écrits sur les intermédiaires financiers mutualistes, qui sont les plus grands fournisseurs de services financiers à ces gens… »
In memoriam
In Memory of Klaus P. Fischer
“On October 6, 2006, Klaus Fisher left us too soon at the end of the kind of long day of work that he loved: a day filled with lectures and testing ideas with researchers and students. Though he did indeed prove to be a prolific researcher—publishing scientific articles in international journals and contributing to the standing of Laval University—Klaus was guided by three priorities: the desire to better the welfare of the world’s most disinherited populations; the need to create international networks including Canadian researchers and those from other countries; and, finally, the wish to transmit his enthusiasm to many students … ”
En souvenir de Klaus P. Fischer
« Un jour, vers 1990, se pointa chez nous un grand gars souriant, au parcours singulier, qui parlait un français hésitant avec un accent qu’on a pu qualifier après coup d’anglo-germano-argentin. Car le sort voulut, à notre grand profit, qu’un ingénieur argentin (B. Sc., Cordoba) de souche allemande, passât cueillir un doctorat au Texas (A&M) avant d’aboutir à l’Université Laval comme professeur de finance internationale déjà orienté vers le financement bancaire et coopératif dans les pays en développement. Son flair aidant, il venait au Québec, ce pays des mille et une caisses populaires. L’on ose penser que, par osmose peut-être, le milieu fut déclencheur de recherches fécondes pour cet homme éminemment soucieux du bien-être collectif. »
Articles
Microfinance and Market-Oriented Microfinance Institutions
Le rôle de la microfinance comme outil dans la lutte contre la pauvreté, par l’offre de services financiers aux populations pauvres et aux microentreprises, est aujourd’hui mondialement reconnu. Toutefois, cette fonction clé ne peut se réaliser que si les institutions de microfinance (IMF) qui l’assument sont durables, c’est-à-dire que si elles peuvent fonctionner à long terme sans subventions. L’article définit les IMF « orientées marché » comme étant des institutions qui doivent faire face à la concurrence au chapitre de la qualité et du prix de leurs produits sur le marché sur lequel elles évoluent, et qui sont soumises à une discipline de marché de la part des pourvoyeurs de capitaux. Leur capacité d’obtenir des fonds de diverses sources, en se soumettant à la discipline des pourvoyeurs, les aide à maintenir non seulement une indépendance à l’égard des subventions, mais aussi la viabilité de leurs activités. Il est montré que plusieurs éléments sont essentiels au succès des IMF orientées marché, dont l’internalisation des conflits d’intérêts, les politiques macroéconomiques et sectorielles, ainsi qu’un contexte réglementaire et de surveillance pertinent.
The Theory of Mutual Financial Intermediaries: A Review
Cet article fait un survol des efforts déployés au cours des 30 dernières années en vue de modéliser les intermédiaires financiers mutualistes et de les distinguer du modèle dit traditionnel des banques commerciales à capital-actions. Les écrits étudiés ont tenté de détailler les conflits d’intérêts qui existent entre les parties prenantes dans le processus reposant sur les multiples contrats qui caractérisent ce type d’entreprise. Les auteurs se concentrent sur les conflits d’intérêts entre les membres « emprunteurs nets » et les membres « épargnants nets », ainsi que sur les conflits d’intérêts entre les membres et les administrateurs des institutions mutualistes.
The German Cooperative Banking Group as a Strategic Network
Les relations qu’entretiennent les clients, les coopératives financières et les unités centrales au sein du groupe bancaire coopératif sont précaires, parce qu’elles peuvent servir à des fins opportunistes et être à l’origine de retards et de risques moraux. Les membres constituent la compétence fondamentale des coopératives financières en Allemagne ; ce sont eux qui apportent la fiabilité dans les relations précaires. La stratégie appropriée à adopter est la gestion des relations axée sur la clientèle, et le réseau stratégique est une structure qui correspond à cette stratégie. Les outils institutionnels du groupe bancaire coopératif doivent être adaptés au cadre général en mutation. Afin d’assurer la permanence d’un réseau stratégique, le groupe bancaire coopératif a modifié ses institutions au cours des dernières années.
Key Issues in Assessing the Performance of Microfinance Institutions
La révolution dans le domaine de la microfinance ainsi que l’essor formidable du secteur ont suscité l’intérêt à l’égard de l’évaluation du rendement des fournisseurs de services de microfinance, dont les activités sont souvent financées au moyen d’importantes sommes provenant des fonds publics. Les auteurs traitent de cinq questions connexes : a) la recherche d’une mesure adéquate de la viabilité financière ; b) l’équilibre entre le rayonnement et la viabilité ; c) la façon d’établir le coût de renonciation des prêts à des conditions libérales ; d) le cadre conceptuel de l’évaluation de la performance ; e) la prise en compte des services d’épargne dans l’évaluation de la performance et des mesures de la dépendance à l’égard des subventions.
Efficiency and Expense Preference in the Colombian Financial Cooperative Sector
Cet article explore la préférence pour les dépenses parmi les coopératives d’épargne et de crédit de la Colombie. Selon les résultats des recherches des auteurs, les petites coopératives semblent utiliser des technologies de production différentes de celles des grandes coopératives. En outre, les plus endettées semblent utiliser des technologies de production distinctes de celles qui sont les moins endettées, et les gestionnaires des grandes coopératives témoignent d’une préférence pour les dépenses séparables, tandis que ceux des coopératives à faible niveau d’endettement montrent une préférence pour les dépenses combinées. Ces résultats laissent suggérer que, dans le cas de la Colombie, toute fusion de petites coopératives en vue de créer de grandes institutions ne devrait pas être encouragée, ou encore, elle doit être soigneusement analysée afin de déterminer clairement les avantages qui pourraient contrebalancer la préférence des gestionnaires pour les dépenses.
Contexte et efficience des institutions de microfinance au Bénin
Le secteur de la microfinance, en particulier les institutions financières à caractère mutualiste et coopératif, a connu un développement phénoménal en Afrique de l’Ouest au cours des années 1990. Les institutions de microfinance sont aujourd’hui très présentes au Bénin. Elles se manifestent au quotidien tant par leur nombre et la diversité de leurs activités que par leur couverture territoriale relativement élevée. Malgré leur dynamisme, les coopératives financières béninoises semblent éprouver de sérieuses difficultés dans la gestion des fonds collectés. Elles opèrent pour la plupart en excès de liquidité, ce qui ouvre la voie à d’éventuels problèmes d’agence, principalement entre les gestionnaires et les membres des coopératives. Dans cet article, nous vérifions la présence d’une préférence des gestionnaires pour des dépenses non productives à l’aide des données de la Fédération des caisses d’épargne et de crédit agricole mutuel (FECECAM), qui est le plus grand réseau de coopératives financières de l’Afrique de l’Ouest. Les résultats de l’estimation ne nous permettent pas de conclure en l’existence d’une manifestation d’une préférence pour des dépenses non productives au sein des coopératives financières du Bénin.
An Empirical Analysis of Peruvian Municipal Banks Using Cost-Efficiency Frontier Approaches
L’auteure compare des approches relatives à la frontière d’efficience visant à mesurer le rapport coût-efficacité et analyse les variables explicatives concernant les banques municipales du Pérou durant la période 1994-1999. La concordance des résultats selon les approches, paramétriques et non paramétriques, est ensuite vérifiée. L’auteure détermine ensuite les banques ayant un bon rendement et celles au rendement inférieur. De plus, les effets d’affectation du départ du soutien technique allemand sont vérifiés. Les banques municipales de taille moyenne semblent les plus efficaces, tandis qu’une grande institution ancienne et une petite, nouvellement créée, le sont moins. On note des écarts dans le classement intermédiaire. L’emplacement, la taille et la productivité sont tous des facteurs déterminants. La gestion financière et la performance sont corrélées à l’efficience. La réglementation doit donc viser à renforcer ces deux éléments.
The Impact of Women Members and Employees on the Severity of Agency Conflicts in Philippine Cooperative Credit Unions
L’article évalue la performance des coopératives financières des Philippines au cours de la période 1986-1999 au moyen d’une analyse stochastique de frontière axée sur l’influence des femmes, en tant que membres et en tant que gestionnaires, sur la qualité de la gouvernance des institutions. La tendance générale dans l’efficience révèle une amélioration du rapport coût-efficacité, accompagnée d’une performance relativement stable mais décroissante pour ce qui a trait aux résultats. Plus précisément, les résultats montrent qu’environ seulement 2 % des coûts sont excessifs, en moyenne, comparativement à une institution exemplaire assujettie aux mêmes conditions. D’autre part, le taux de profit moyen pour la période de 14 ans s’établirait à 92 %. Les coopératives comptant le plus grand nombre d’employées sont les plus performantes, notamment en ce qui a trait au rapport coût-efficacité. Par contre, les institutions qui ont le plus grand nombre de femmes membres affichent des coûts plus élevés et sont moins performantes. La situation soulève donc la question de la pertinence des IMF destinées exclusivement aux femmes et suscite des préoccupations relatives aux coûts de contrôle plus élevés qu’elles nécessitent, ce qui implique des coûts globaux également supérieurs et, de ce fait, des profits moindres.
Effectivité d’un crédit ciblé aux pauvres : le cas des microentreprises rurales du Burkina Faso
Les stratégies de réduction de la pauvreté intègrent de plus en plus comme outil de lutte les services de microcrédit. Il y a cependant peu d’évidence empirique sur les activités dont le financement serait plus favorable aux pauvres, de même que sur les effets d’un crédit sur le niveau de bien-être des bénéficiaires. Cet article analyse l’effectivité d’une expérience de crédit ciblé aux microentreprises rurales (MER), puis les sources de revenu les plus favorables aux pauvres. Les résultats indiquent que les seules consommations attribuables aux revenus additionnels des MER peuvent sortir de la pauvreté 11,25 % des populations des ménages concernés dans le secteur de la transformation, 39,83 % dans le secteur de l’artisanat, 42,15 % dans le secteur des services, et 44,1 % dans celui du commerce. L’analyse du caractère pro-pauvre des sources de revenu en milieu rural montre que la majorité des MER interviennent dans des secteurs ou des filières dont les revenus profitent directement à des non pauvres. Cependant, les effets de création d’emplois (1,06 emploi direct permanent et 0,66 emploi direct temporaire par MER) profiteront à des pauvres du fait de la nature pro-pauvre de l’emploi salarié informel rural. Les MER représentent un potentiel important de réduction de la pauvreté rurale si des mesures de ciblage améliorent l’accès des promoteurs pauvres au crédit associé et orientent le financement des promoteurs plus « nantis » vers des activités créatrices d’emplois.